"Seulement" deux titres, certes, mais 10 médailles au total. La performance de l'équipe de France de judo aux Jeux Olympiques de Paris 2024 était finalement significative de l'importance des Bleus dans ce sport. Pendant longtemps, la France était largement considérée comme nation n°2 de la discipline, derrière le Japon.
Deux ans plus tard, tout parait déjà en miettes. Déjà, les Mondiaux 2025 n'étaient pas "extraordinaires", mais au moins, le titre de Joan-Benjamin Gaba réhaussait le bilan de manière significative. Il n'y en aura même pas eu un en 2026. Et c'est la fin d'une série mirifique : au moins une médaille d'or mondiale en individuel depuis 2003 !
L'éternel problème de la densité chez les hommes
Mais le pire dans l'histoire, c'est que la fédération, par le biais de son président Stéphane Nomis, avait fixé un cap clair : 4 médailles d'or, voilà ce qu'était l'objectif de la France pour les Mondiaux de Bakou. Risible après coup.
Sur le papier, avec 14 catégories au programme, il y avait de la marge. Mais voilà, quatre d'entre elles n'avaient aucun représentant français sur le pont. Et il y en a une qui interpelle réellement : les -52 kg femmes. Entre Amandine Buchard, double médaillée olympique et quintuple médaillée mondiale, et Blandine Pont, double lauréate en Grand Slam cette année, il faudra bien un jour s'expliquer sur ce trou dans la sélection.
Chez les hommes, il faut bien évidemment noter l'absence de Teddy Riner, qui aurait été grand favori pour le titre en cas de présence. Mais le fait est que sur sept catégories, trois étaient dépourvues de Français. Au final, le bilan masculin est famélique : une médaille de bronze, et encore est-ce une vraie surprise, puisque Dayyan Boulemtafes n'était clairement pas le plus attendu. Les leaders tels que Luka Mkheidze, double médaillé olympique, ont clairement failli.
Un manque de densité, encore plus chez les hommes : un problème bien connu. Le judo masculin français repose sur Riner depuis 20 ans. Sans lui, c'est le désert : l'an dernier, Gaba avait raflé le premier titre mondial hors Riner depuis Loïc Piétri en 2013. Et avant lui, c'était Frédéric Demontfaucon en 2001 ! Sans compter qu'hormis Riner, il faut remonter au titre de David Douillet en 2000 en ce qui concerne les Jeux Olympiques. Aucune progression donc au XXIᵉ siècle : Teddy Riner, l'arbre qui masque la forêt.
Tout reprendre à zéro
Chez les femmes, la densité est présente. Et dans l'absolu, il n'y a pas grand-chose à dire. Shirine Boukli, Kaïla Issoufi et Romane Dicko, toutes médaillées, ont été battues par plus fortes. Sarah-Léonie Cysique aurait pu les accompagner si elle ne s'était pas blessée en demi-finale. Et difficile de reprocher à une Clarisse Agbegnenou son échec : elle revient de maternité et ne représente de toute façon plus l'avenir du judo français.
Mais cette densité devait rejaillir sur la compétition par équipes. Après tout, les Français n'étaient-ils pas champions olympiques en titre ? Là encore, dans l'absolu, ce n'est pas passé loin. 3-3 en quarts contre la Russie, puis en repêchage contre la Géorgie. Dans le premier cas, un tirage au sort (la fameuse roulette) défavorable. Mais dans le deuxième cas, un adversaire qui boîtait bas sur ce combat décisif. Le dénominateur commun ? Aleksa Mitrovic, qui a perdu ses deux combats.
Sur le premier, rien à dire. Sur le deuxième, c'est lui qui en a parlé le mieux auprès de L'Équipe.
"Je n'ai pas été à la hauteur, je m'excuse pour l'équipe. Je ne sais pas quoi dire. Sur le premier combat, quand Bekauri se blesse, c'est du sport, je sais, mais pour moi, c'est quasiment inhumain d'aller lui péter la jambe. Je sais que lui, il n'aurait pas hésité, mais…"
Il ne s'agit pas de blâmer un seul judoka. Mais n'est-ce pas finalement un simple reflet de la mentalité d'une équipe qui n'a pas assez faim ? Qui n'est pas prête à tout pour gagner ? La blessure fait partie du jeu, des risques du sport de haut niveau. Et le cas contraire a déjà été mentionné : Sarah-Léonie Cysique a été blessée suffisamment gravement pour ne pas pouvoir disputer son combat pour le bronze. L'adversaire a-t-elle hésité ? Certainement pas.
Après avoir conquis 10 médailles olympiques, le judo pouvait voir loin. Mais surtout, il pouvait construire des bases solides pour les prochains Jeux Olympiques. Il n'y a pas grand-chose à sauver. "On pleure un peu et on repart au charbon", a déclaré Romane Dicko auprès de L'Équipe. En espérant ne pas pleurer à Los Angeles…
Les médailles françaises
Argent pour Kaïla Issoufi en -78 kg
Argent pour Romane Dicko en +78 kg
